
Chaque année, l’Institut français et le réseau culturel français à l’étranger célèbrent les arts et cultures numériques dans le cadre de Novembre Numérique. À cette occasion, l’Alliance Française de Bruxelles-Europe, avec l’appui de l’IF et de l’OIF, présente une nouvelle exposition à La Fabrique : Réelvirtuel, à découvrir du 20 novembre 2025 au 6 février 2026.
Découvrez ce cycle sous 4 facettes :
🖼️ L’exposition Réelvirtuel
Trois artistes aux démarches complémentaires Laura Colmenares Guerra (Belgique/Colombie), Linda Dounia Rebeiz (Sénégal) et Florian Schönerstedt (France), explorent les possibles d’un art « réelvirtuel », selon l’expression de Paul Ardenne, entre matière, données et imaginaires numériques. À visiter du 20 novembre 2025 au 4 février 2026.
✒️ Regard d’auteur
Paul Ardenne, écrivain et historien de l’art, accompagne les œuvres avec son texte « Main dans la main avec la machine ». Il y explore la manière dont les technologies numériques avancées, de la modélisation 3D à l’intelligence artificielle, renouvellent les formes de création contemporaine et interrogent notre rapport au réel, au vivant et à l’environnement.
🌿 Conférence d’ouverture
Le 20 novembre, Paul Ardenne a présenté la conférence « Art environnemental et technologie digitale avancée », proposant une lecture des liens entre création artistique, conscience environnementale et innovation numérique, en résonance avec les thématiques de l’exposition Réelvirtuel.
💬 Table ronde sur l’intelligence artificielle
Le 29 janvier, la table ronde « Intelligence artificielle : créativité, philosophie et droits d’auteur » réunira Sophie Duperray, Romain Pierray et Guillermo Kozlowski pour croiser regards et expertises autour des enjeux contemporains de l’IA. Lapo Bettarini assurera la modération de la rencontre.
Le Dieu entre les vagues
de Linda Dounia Reibez
Dans « Le Dieu entre les vagues« , Linda Dounia Reibez explore la possibilité d’une rencontre entre intelligence artificielle et spiritualité, en s’appuyant sur la cosmologie sérère du Sénégal.
Elle y interroge l’IA dans des dimensions où elle n’est habituellement pas attendue : la foi, la croyance, le rapport au sacré. L’artiste ouvre un espace de réflexion inédit.


À propos de l’artiste :
Linda Dounia Rebeiz (née en 1994 au Sénégal) est artiste, designer et chercheuse. Sa pratique reflète un engagement critique envers le technocapitalisme, le colonialisme numérique et le travail écologique et humain ancré dans les algorithmes.
Linda a figuré dans la première liste TIME AI 100 des personnalités les plus influentes en IA pour son travail sur l’archivage spéculatif, c’est-à-dire la création de modèles d’IA qui nous aident à nous souvenir de la nature disparue.
Les feuilles de l’arbre qui n’existe pas
de Florian Schönerstedt
Les images animées produites par l’artiste Florian Schönerstedt (en collaboration avec le chercheur en intelligence artificielle Romain Trachel) restituent des collectes de feuilles en milieu naturel, venues “nourrir” l’intelligence artificielle.
S’apparentant à un herbier, le projet reste celui d’un botaniste ”en herbe” où l’imagination de nouvelles formes prédomine.


À propos de l’artiste :
Florian Schönerstedt débute sa pratique artistique au début des années 2000, en réalisant ses premières vidéos durant ses études. En 2015, il s’installe dans un atelier et fait évoluer sa pratique vers l’installation. Depuis 2016, il collabore avec le chercheur en intelligence artificielle Romain Trachel, avec qui il développe le projet « Les feuilles de l’arbre qui n’existe pas », récompensé aux Bains Numériques en 2018.
L’artiste a présenté trois expositions personnelles : au Musée Archéologique de Cimiez à Nice en 2019, à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux, et à la Galerie Eva Vautier à Nice en 2023. Actuellement résident aux ateliers de la Ville de Nice, il est également doctorant à l’Université Paris 1.
Topographie d’une seconde
de Laura Colmenares Guerra
« Topographie d’une seconde » explore la relation entre le temps et l’espace à travers le mouvement d’une rivière. Une animation numérique présente l’écoulement continu de l’eau, tandis qu’une sculpture en argile imprimée en 3D saisit un instant unique de l’image en mouvement, un fragment suspendu, traduit en forme.
« Topographie d’une seconde » interroge la tension entre la fluidité du temps et la permanence de l’espace.


À propos de l’artiste :
Laura Colmenares Guerra est une artiste belgo-colombienne basée à Bruxelles. Sa pratique artistique se situe à l’intersection de la technologie, de la conscience environnementale.
Son travail interroge les relations complexes entre les sociétés occidentales contemporaines et la nature, avec une attention particulière portée aux écosystèmes et à la justice socio-environnementale.
Art environnemental et technologie digitale avancée
par Paul Ardenne
C’est sans réserve que Laura Colmenares, Linda Dounia et Florian Schönerstedt adhèrent à l’âge digital qui est le leur. Pour ces artistes plasticiens, accueillis cet automne-hiver 2025-2026 à la Fabrique, la technique numérique de pointe participe en effet, et pleinement, de la création.
Comme outil d’abord, de même qu’un sculpteur utilisera aujourd’hui une ponceuse électrique ou une tronçonneuse pour travailler la matière. Comme matrice générative aussi, et l’on songera à cette entrée, de facto, à l’« IA », l’intelligence dite « artificielle ». Les pouvoirs créateurs de l’IA, à présent, sont attestés. En fait foi la technique du GAN (Generative Adversarial Networks), procédure numérique qui consiste à mettre en réseau et en concurrence ordinateurs, logiciels et algorithmes. Objectif ? Que soient générés de façon autonome des énoncés évalués, corrigés et améliorés le cas échéant.
Leur travail respectif s’arc-bouterait-il sur des problématiques différentes, vivraient-ils un « rapport au monde » non homogène, Laura Colmenares, Linda Dounia et Florian Schönerstedt s’appuient tous trois sur la technique pour créer, de façon au demeurant très généreuse, sans user de contrainte : ils lancent le processus mécanique et attendent de découvrir ce qu’en fera la « machine », dans une perspective plus introspective qu’autoritaire. Nul héroïsme en cette création-là, qui laisse sa part de tâche à l’ordinateur, à sa puissance de calcul et de synthèse sans exiger de contrôler tout, l’artiste refusant de se parer de l’habit de lumière du superviseur omniscient. La technique, en l’occurrence, devient une alliée et l’artiste, autant qu’une créatrice ou un créateur, un « connecteur », celle ou celui qui aboute, à travers un projet artistique précis et défini, d’une part le domaine réel de sa vie et de ses préoccupations au quotidien, d’autre part l’expression virtuelle dans laquelle la technique digitale s’incarne.
On le sait : technique de pointe et questions liées à l’anthropocène, cette « ère de l’homme » moderne dévastatrice en termes de bilan écologique, ne font pas a priori bon ménage. Le mouvement « vert », celui des défenseurs de l’environnement, est en effet, pour une large part, anti-technique. Car qui dit technique moderne dit industrialisation, productivité, accumulation effrénée du capital et leurs corallaires environnementaux, prédation des ressources et extractivisme, hyper consommation et gaspillage, pollution et salissure globale des écosystèmes. Les créateurs « verts », qu’ils soient plasticiens, écrivains, cinéastes, BDistes, gens de théâtre ou encore musiciens se rallient en masse à ce point de vue. Les liaisons entre création de contenu écologique et technique ? Celles-ci sont, a priori, dangereuses.
Pour amplement partagée qu’elle soit, cette opinion n’est pas unanime. Laura Colmenares, Linda Dounia, Florian Schönerstedt, chacun dans leur optique singulière, montrent a contrario qu’un art « réelvirtuel » non seulement est possible et plus encore, qu’il y a à espérer du « vert » et de ses liens avec l’économie numérique et la technique la plus avancée, serait encore trop énergivore. Les prémices d’un art « digital vert » ?
Laura Colmenares, Linda Dounia et Florian Schönerstedt : trois approches artistiques certes différentes par leur contenu mais que fédère une même attention à ce que la technique digitale la plus avancée peut offrir à la création plastique : sa rénovation mais aussi l’élargissement de son potentiel mental, poétique, esthétique.
Laura Colmenares, artiste belgo-colombienne, fait de la nature dans ses relations avec le monde moderne, celui de l’anthropocène, l’objet central de sa création. L’Occident est-il éco-compatible ? Une justice écoenvironnementale est-elle possible à l’heure du réchauffement climatique et de ses désordres écologiques dévastateurs ? Autant férue de technologie que forte d’une conscience environnementaliste vigilante, Laura Colmenares exprime son point de vue au moyen d’images générées par ordinateur (CGI) ou de l’impression 3D, au travers de formes volumiques.
Son installation « Topographie d’une seconde », présentée à la Fabrique, se concentre sur l’eau, source de toute vie et matière aujourd’hui menacée. Cette installation à vocation immersive s’appuie sur trois composantes : une animation 3D de l’eau ruisselante, présentée plein cadre ; en face de celle-ci, une sculpture d’argile blanche en impression 3D de forme longitudinale reproduisant avec précision, captée par l’outillage technique le plus avancé qui soit, les mouvements précis de la surface de l’onde, devenus volume ; enfin, une sonorisation créée à partir de prises de son. L’artiste explique : “ Topographie d’une seconde explore la relation entre le temps et l’espace à travers le mouvement d’une rivière. Une animation numérique présente l’écoulement continu de l’eau tandis qu’une sculpture en argile imprimée en 3D saisit un instant unique de l’image en mouvement, un fragment suspendu, traduit en forme ”. Et de préciser : “ Topographie d’une seconde interroge la tension entre la fluidité du temps et la permanence de l’espace. ”
Linda Dounia, originaire du Sénégal, use pour sa part en tacticienne de l’IA non seulement en faisant “ travailler ” celle-ci à partir de “ prompts ” spécifiques (création d’images inédites) mais également en la mettant en demeure de se déterminer, d’abattre ses cartes, de “ se situer ”. Exemple avec Le Dieu entre les vagues, l’œuvre que présente ici cette jeune artiste très avertie des techniques numériques, et aux créations déjà amplement primées. Point de départ, la culture africaine sérère dont est originaire Linda Dounia et sa particulière “ Weltanschauung ”, sa “ représentation du monde ” spécifique.
Trois entités définissent la réalité, selon cette culture animiste, monde des vivants, monde des morts, monde intermédiaire enfin, celui des connexions spirites entre vivants et morts et entre corps et esprits, connexion dont les arbres seraient les messagers d’élection. Avec la création « Le Dieu entre les vagues », Linda Dounia, non sans audace, somme l’IA de définir comment peut opérer une jonction entre ces différentes entités, jonction que l’artiste lui demande de traduire en formes plastiques inspirées de l’écosystème sénégalo-gambien, celui des forêts notamment. L’œuvre qui en résulte s’affiche sous l’espèce d’une vidéo que sonorise l’artiste en s’inspirant des musiques traditionnelles locales. Les images diffusées à l’écran y fluctuent sans cesse, signe que le “ dieu ” numérique se confronte sans solution tangible aux vagues d’un sens incertain. Décomposition, recomposition des formes, instabilité de l’énoncé plastique… Comment ne pas y lire la métaphore d’une liaison pour finir impalpable entre des mondes à la substance et au destin résolument différents ? Où vérifier que la technique n’est ni divine ni magique et qu’elle ne peut pas tout – une technique inapte à définir, dans ce cas, la nature exacte des liens spirituels qui unissent les vivants que nous sommes aux morts qui ne sont plus.
Florian Schönerstedt vit à Nice et se présente volontiers comme un héritier de l’art conceptuel. Sa pratique artistique goûte les protocoles et la discipline. Artiste patient que celui-ci, que la répétition (du geste, du thème traité) ne dérange nullement.
« Les feuilles de l’arbre qui n’existe pas » (une création qu’il débute en 2017 avec la collaboration de Romain Trachel, spécialiste en IA) a trait de nouveau à la question écologique mais différemment, en convoquant cette fois ce lien à la nature que l’artiste va éprouver lors d’un séjour à Montréal, à l’automne, au moment de la chute des feuilles. Ces feuilles, il les ramasse méthodiquement, les scanne, les archive puis les livre à une session “ GAN ” voyant l’ordinateur, à partir de ce stock, inventer d’autres feuilles, proches par l’apparence des feuilles biologiques mais différentes, divergentes, nées du pouvoir d’auto-création de la machine. Réalité, fiction, où est la différence ? Où situer la limite entre les deux ? Le réel, dans cette œuvre, nourrit le virtuel tandis que le virtuel se donne des airs de réel et vient enrichir ce dernier en une forme de complétude solidaire où la réalité se voit “ augmentée ”. La vidéo The Human in the Loop présentée à la Fabrique, en forme de document, expose la série des auto-filmages réalisée par l’artiste lors de la numérisation des feuilles d’arbres de la base de données, série incluse pour la circonstance “ dans un montage avec d’autres éléments comme différents stades des feuilles générées mais aussi certaines séquences d’images de la base de données ”, déclare l’artiste. Florian Schönerstedt ? Ce Sisyphe documentaliste se montre soucieux d’enrichir la substance du monde tout en l’habitant à sa manière, en individu actif et méticuleux.
– Écrit par Paul Ardenne

À propos de l’auteur :
Paul Ardenne, écrivain et historien de l’art, est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’art d’aujourd’hui ainsi qu’à l’architecture et la culture contemporaine. On lui doit notamment, pour la période récente, les ouvrages « Un art écologique. Création plasticienne et anthropocène » (2018) et « L’Art en joie. Esthétiques de l’humanité joyeuse » (2023).
Collaborateur des revues « Art Press » et « Archistorm », il a été le commissaire des expositions « Courants verts » (2020) et « Âmes vertes » (2025) ainsi que le producteur, pour France Culture, du cycle d’émissions « L’art est l’environnement » (2023).
Art environnemental et technologie digitale avancée
par Paul Ardenne
La conférence Art environnemental et technologie digitale avancée de l’écrivain et historien de l’art Paul Ardenne propose une réflexion sur les liens entre création artistique, innovation numérique et conscience environnementale, en résonance avec les thématiques de l’exposition Réelvirtuel.

À propos du conférencier :
Paul Ardenne, écrivain et historien de l’art, est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’art d’aujourd’hui ainsi qu’à l’architecture et la culture contemporaine. On lui doit notamment, pour la période récente, les ouvrages « Un art écologique. Création plasticienne et anthropocène » (2018) et « L’Art en joie. Esthétiques de l’humanité joyeuse » (2023).
Collaborateur des revues « Art Press » et « Archistorm », il a été le commissaire des expositions « Courants verts » (2020) et « Âmes vertes » (2025) ainsi que le producteur, pour France Culture, du cycle d’émissions « L’art est l’environnement » (2023).
Intelligence Artificielle :
Philosophie, créativité et droits d’auteur.
Vers un numérique éthique, ouvert et durable ?
Dans le cadre du finissage de l’exposition Réelvirtuel, une table ronde est organisée autour de l’intelligence artificielle et de ses enjeux contemporains.
Comment construire un environnement numérique capable de bénéficier du partage des données, mais de manière ouverte et équitable, tout en répondant aux principes éthiques ?
Une session pour explorer la complexité du défi posé par la transition numérique, à travers le point de vue d’expert.es issu.es de différents secteurs.

Regards croisés entre :

Sophie Duperray :
Avocate et membre du Barreau de Paris, Sophie Duperray est spécialiste du droit de l’informatique, des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. Elle conseille les entreprises innovantes dans leurs projets d’intelligence artificielle, pour allier innovation et conformité juridique.

Guillermo Kozlowski :
Chercheur en philosophie, son travail est centré sur l’écriture d’analyses et d’études dans une démarche d’éducation populaire : confronter les savoirs théoriques et les savoirs d’expérience, sur un pied d’égalité.

Romain Piegay :
Entrepreneur et CEO/CTO de Workait, la première plateforme pour créer et embaucher des AI Workers autonomes, entraînés par des experts humains. Il a travaillé sur des franchises majeures comme Fable et Watch Dogs, avant de fonder et diriger le studio international de jeux mobiles Advenworks
Modération :

Lapo Bettarini :
Médiateur culturel et scientifique indépendant, formant les professionnels de la culture à la diversité, à l’inclusion, aux projets participatifs et aux enjeux du numérique et de l’IA.
